Pierre JOIGNEAUX

STATUE PIERRE JOIGNEAUX


C'est cet ex-représentant du peuple qui publiait et qui continuait de publier à l'étranger le meilleur journal d'agriculture qui existe." C'est ainsi que s'exprimaitAlexandre DUMAS, parlant de notre homme célèbre. Pierre JOIGNEAUX naît au hameau de Varennes le 23 décembre 1815. Fils de paysans précocément occupés à des activités commerciales, il est mis en nourrice à Vignoles, et à l'âge de 4 ans, il entre en pension chez le maître d'école de cette localité qui exerce en même temps le métier de tisserand.

 


A cinq ans, il va chez le maître d'école de Ruffey comme pensionnaire, jusqu'à Pâques et, en été comme externe. Les vacances de Noël se passent chez ses parents à Varennes.

De novembre 1828 jusqu'aux vacances de 1832, il est admis à la pension Gauthier à Beaune, institution privée qui forme de manière "voltairienne" les enfants de la bourgeoisie locale.

En 1832, il quitte Beaune pour entrer à l'école Centrale des Arts et Manufactures pour devenir ingénieur, mais sa rencontre avec les milieux républicains le conduit rapidement à devoir quitter l'école. Devenu publiciste pour vivre, il mène dans la capitale une vie précaire et peu bourgeoise, en union libre avec la fille d'un aubergiste, et fréquente les sociétés secrètes républicaines.

Si la Monarchie de Juillet et le Second Empire ne troublent pas particulièrement Ruffey-Lès-Beaune, par contre ces deux régimes atteignent cruellement Pierre JOIGNEAUX dans son idéal, sous le gouvernement de Louis Philippe. Pour avoir écrit dans un journal clandestin "L'homme Libre" un article jugé "trop républicain", et dans un contexte de complot contre le roi, il est soupçonné de régicide et en 1839 il est dénoncé, arrêté et condamné à quatre ans de prison. Mais au lieu d'être envoyé comme prisonnier politique, il se retrouve incarcéré à la Force, avec les escrocs, les bandits et les assassins : voici quelques paroles de Pierre JOIGNEAUX après plusieurs jours enfermé dans sa cellule.

"Je croyais que si je devais faire 27 jours de secret, je resterais en route. j'en fis pourtant 32. On se façonne au milieu dans lequel on se trouve ; la résistance augmente avec la détente des muscles et le ramollissement des facultés. Je ne comprenais plus ce que je lisais, je ne trouvais plus les prénoms des miens. Enfin je passais une bonne partie de mon temps à tourner autour de ma pièce, comme tournent les animaux dans leur cage. C'est instinctif."

Sur le plan physique, la détention l'éprouve sérieusement. Il sort de prison en 1842 après une demande de grâce. Il se marie, se réconcilie avec sa famille, et revient se reposer à Beaune. La prison et les vilénies subies augmentent son mépris inspiré par la Monarchie de Juillet. Aussi au lieu de s'adresser à la bourgeoisie et aux ouvriers des villes, il écrit surtout pour les cultivateurs. Lui, fils de paysan, entreprend d'instruire les campagnards, de leur ouvrir les yeux et de les amener à cette République dont on leur disait tant de mal depuis si longtemps.

Il se reconvertit dans l'agronomie avec "Chronique de Bourgogne" et "Revue Agricole et industrielle de Côte d'Or", tout en poursuivant des activités politiques, notamment à travers les colonnes d'un journal d'opposition "Le Courrier de la Côte d'Or", dont il a été le rédacteur.

Toujours attaché à sa campagne, il s'intéresse beaucoup à la vie paysanne et joue un rôle important dans la diffusion des connaissances agricoles.
Lors de la Révolution de février 1848, il devient Sous Commissaire de la République à Chatillon sur Seine, puis sans avoir fait acte de candidature, député de Côte d'Or à l'Assemblée Nationale en avril 1848.

A l'assemblée, il a toujours à coeur les problèmes agricoles, et soutient le projet d'un enseignement professionnel agricole avec en plus une formation pour l'ensmble de la paysannerie. Il aurait voulu en faire bénéficier l'enseignement primaire agricole afin de toucher l'ensemble du monde agricole. Il est aussi l'un des rares à préconiser un enseignement agricole ménager pour les filles.

La popularité de Pierre JOIGNEAUX est si grande qu'il recueille in nombre considérable de voix (579 pour 679 votants). En 1849, des démocrates socialistes auxquels appartient Pierre JOIGNEAUX se heurtent à l'ordre public. Il doit s'exiler avec sa famille dans les Ardennes Belges après le coup d'état du 2 décembre 1851.

Il revient en France en 1860 et reprend sa lutte conter le second Empire. En 1870, après la déclaration de la guerre à la Prusse, Paris est investi, mais Pierre JOIGNEAUX veut rester avec la population. Il songe à l'alimentation ; les vivres vont manquer et les légumes font déjà défaut. De suite, JOIGNEAUX n'aura de cesse de fournir des vivres aux parisiens. Il demande au gouvernement de l'aider. Le 12 janvier 1871, il écrivait :

"La misère est très grande, le pain n'est plus mangeable, il craque sous la dent et n'a pas de couleur définie ; le bois manque, je ne peux plus écrire à cause du froid ". Par le biais du ministre de l'agriculture, on dépense 7 510 francs pour aider les cultures à Paris. "Avec cette somme, dit Pierre JOIGNEAUX, l'installation d'environ 100 maîtres jardiniers, 550 garçons, a été faite sur 13, 5 hectares."

Les parisiens n'oublient pas ce que JOIGNEAUX a fait pour eux, et en guise de remerciements, ils le nomment député, le 9ème sur 36. Cette marque de reconnaissance le touche, alors qu'au moment des élections il était au lit, malade et en danger de mort, par suite du froid qu'il avait enduré dans son appartement. Ce rôle éminent lui vaut la confiance à la fois des parisiens et des Côte d'Oriens, qui lors des élections législatives le choisissent pour député. Il y sera jusqu'en 1892.

Il n'oublie jamais ses origines agricoles et participe au projet de l'Ecole Nationale de Jardinage au potager du Roi à Versailles. Aussi, le 2 juillet 1872, JOIGNEAUX dépose le projet de loi, qui, une fois voté (Loi du 16.12.1873) donne naissance à l'Ecole Nationale d'Horticulture à Versailles. Plus tard d'autres écoles verront le jour, notamment l'école de Viticulture à Beaune, en 1884.

Le Directeur de l'Institut agronomique , Monsieur Eugène RISLER dit de Pierre JOIGNEAUX : "Il avait l'expérience pratique de l'agriculteur, et la vigueur, la loyauté du vigneron bourguignon; mais il écrivait comme mathieu De Dombsle. Il était au courant de tout, de toutes les découvertes de la science, et il aurait pu faire des mémoires pour l'Académie. Mais il préférait les mettre sous forme de causeries faciles à comprendre pour les campagnards."

La popularité de le tente pas, jamais il n'a recours à la flatterie pour gagner les bonnes grâces des populations rurales qu'il aime pourtant beaucoup. Il se contente de leur donner de bons conseils et ne se gêne pas avant tout à l'estime de ses concitoyens qui lui accordent toujours leur confiance.
La mort vient subitement le frapper le 26 janvier 1892 à son poste de combat, sa table de travail. Usé physiquement par soixante années de lutte et de travail acharné, il tombe la plume à la main, au moment même où il achève un article consacré à la définition des intérêts des petits cultivateurs, un éditorial pour sa Gazette du Village et intitulé "L'impôt de prestation".

Véronique GOGUELAT